Une parcelle d’Obsydienn

Wish-You-Were-Here
La couverture de l’album « Wish You Were Here » du légendaire groupe Pink Floyd, à mon sens illustrant à la perfection une vision de deux artistes, différents dans leur façon de percevoir, se rencontrant.

En cherchant un dessinateur pour mon projet (celui sur lequel je déblatère souvent si vous n’avez pas remarquer. Hey, vous saviez que j’écris une saga de roman ? non ? maintenant oui !), je suis tombé par hasard sur Coline (nom d’artiste : Obsydienn) et le courant est rapidement passé. Malheureusement nous n’avons pas pu travailler sur mon projet, du moins pas de cette façon, mais j’ai gardé contact car je l’estime beaucoup et c’est quelqu’un de très intéressant (et en plus elle aime ce que je fais ! double raison !). Je ne peux que vous encourager à regarder son travail plus en détails sur ces deux liens;

Sa page facebook => https://www.facebook.com/obsydienn.graphics/
Son site internet => https://francais.obsydienn.be/
Son gros projet BD => http://www.becomics.com/series/58a8a4f4598cbe25574c3a44

De la même façon que lorsque j’ai fait l’interview de Loli Artesia (ici => https://histoiresdunmec.wordpress.com/2017/07/14/une-parcelle-de-loli-artesia/ ), j’avais pas mal réfléchi au monde des dessinateurs, des graphistes, des peintres, etc, et je me suis dis… bah pourquoi pas interroger directement une personne concernée, et en plus, qui est de mon pays (Belgique) et sur lequel j’ai des questions spécifiques sur cette partie géographique du monde ?

Si vous vous êtes toujours demandé comment c’était de l’autre coté du rideau des beaux dessins, comment ça marche, qu’est-ce qui s’y passe, comment on peut le vivre, qu’est-ce qui anime l’âme de ces personnes, etc etc, vous êtes au bon endroit !

Je ne pouvais pas mieux tomber que sur toi Coline pour ce petit jeu de questions réponses, et je te remercie encore d’y avoir participé. En espérant que nous pourrons faire d’autres collaborations à l’avenir, cela me ravirait.

brell brassens ferré
La légendaire discussion radio avec Brassens, Brell, et Ferré.

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1°) Hello. Merci d’avoir bien voulu te prêter au petit jeu de l’interview !
Pour commencer un petit classique, peux tu te présenter et expliquer ce que tu fais exactement ? En quoi consiste ton « activité » ?

Ce n’est jamais évident de parler de soi. Alors voilà, je m’appelle Coline, Obsydienn est mon nom d’artiste. Je suis ce qu’on qualifie d’artiste pluridisciplinaire. Je suis essentiellement spécialisée en illustration et bande-dessinée, mais je « touche à tout », à savoir l’animation, le graphisme et la sculpture principalement, mais aussi l’écriture et la scénarisation, ce qui me permet de faire une bande-dessinée seule, sans aide extérieure. Mon projet personnel (mon bébé, le travail de toute une vie) se nomme « Les Cantos d’Altarion », et même si je n’ai pas toujours beaucoup de temps à y consacrer, le fait est que ça me passionne.

2°) Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir ce parcours ? A quel moment t’es tu dis « je vais devenir dessinatrice » ? Un événement particulier ? Une découverte ou une influence ?

Dessiner, je le fais depuis très très longtemps. Du coup, ça m’est un peu difficile de pouvoir dire « Ah, j’ai commencé à dessiner à 3 ans » par exemple. Je sais en tout cas que je dessinais déjà en primaire, et que l’univers artistique m’intéressais beaucoup. Je participais à beaucoup d’ateliers manuels, de danse ou de théâtre.
Maintenant, il est vrai que j’ai rencontré quelqu’un qui m’a « touché », et que je garde constamment en mémoire quand je dessine. Lui-même était un artiste très doué, naturaliste et paysagiste, maîtrisant, à mes yeux d’enfant, l’aquarelle à la perfection. Il est hélas décédé depuis, mais oui, on peut dire qu’il a été ma première impulsion, celle qui m’a dit « je veux dessiner comme lui ».
Ma deuxième impulsion, ça a été la découverte de Ledroit, dessinateur de BD. Son style était inédit pour moi qui avait grandit entourée de BD de style « ligne claire ». Là, je me suis dit « je veux dessiner des histoires ». Donc faire de la BD.

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D’une façon ou d’une autre, tous les dessinateurs vivent ça à un moment ou un autre.

3°) J’ai pu voir que tu apprécies beaucoup les visuels parfois un peu macabre (bien que ce ne soit pas l’entièreté de ta palette de thème). C’est ce que tu préfères dessiner ? Lors de nos quelques discussions, tu m’as confié que malgré ton amour pour ce genre de chose, c’est parfois mal reçu. Pourquoi à ton avis ? Il y aurait une censure ?

C’est ce que je préfère dessiner… Oui, et non. C’est un peu compliqué dans le sens où j’adore l’univers visuel dit gothique (pas l’architecture hein, le mouvement « culturel »), le romantisme sombre, mais j’adore aussi l’univers Art nouveau, steampunk ou pagan, qui sont nettement moins sombres. Pourtant, d’une certaines manière, tout ces univers sont liés.
Et en effet, c’est mal reçu, mais pas parce que c’est sombre ou macabre, mais parce que souvent, ça manque simplement de couleurs. J’ai pu le voir lors d’une journée de dessin en plein air durant laquelle j’ai exposé un crâne réalisé en aquarelle mais très coloré… Il a eu énormément de succès, alors que par essence, un crâne reste un sujet sombre et macabre. C’est la couleur qui attire les gens, bien avant le sujet. Le paradoxe, c’est que ça commence à m’amuser, et je pourrais bien faire de l’hyper macabre très coloré, juste pour voir si ça marche !
Je pense que la vie des gens est, quelque part, triste. Et que dés qu’ils voient beaucoup de couleurs, ils fondent dessus. C’est beau, c’est coloré, et peu importe finalement que cela représente une scène de torture en enfer *rires *

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Deux de ses travaux que j’aime énormément.

4°) Selon toi, est-ce difficile de percer en tant qu’artiste en belgique, surtout quand on est pas un artiste « conventionnel » ?
De mon observation personnelle, en matière d’art, la belgique est plutôt traditionnelle (bien qu’elle ait une approche particulier). Notamment en cinéma, avec des histoires de vies, des films humoristiques, etc. En france il commence y avoir des grosses productions d’un genre différent, comme avec Ankama qui fait des films d’animation ou publie des mangas d’auteurs français, sans parler de Luc Besson qui a fait le 5e Element ou récemment Valerian. A part le milieu de la bande dessinée classique, et parfois des événements comme « Trolls Et Légendes » nous n’avons pas encore cela en belgique il me semble, n’est-ce pas ?

La Belgique est très très paradoxale en matière d’art. D’une part, elle a un côté très classique, d’autre part, elle a un côté moderne très/trop poussé. Donc, le cinéma classique, la BD classique, oui. Mais l’art dit « académique », bof. On préférera un artiste dit « contemporain » à un artiste  « académique ». Très paradoxal donc.
Surfant entre l’illustration et la Bande-dessinée, je souffre moins de cet état de fait, mais si je voulais exposer mes illustrations, je pourrais avoir du mal à cause de cette propension à préférer un art plus conceptuel qu’illustratif.

De ce fait, je trouve aussi qu’on développe peu les activités artistiques annexes dans notre pays (effets spéciaux digitaux, jeux vidéos, etc), alors qu’on dispose d’excellentes formations à ce sujet (peut être pas aussi réputées qu’Infosup ou les Gobelins en France, mais on se défend pas mal).

De ce fait également, il n’y a pas vraiment de « statut d’artiste » accessible dés qu’on se lance (il faut l’obtenir après avoir déjà bien travaillé). Pas de micro entreprise ou de moyens de se lancer facilement en freelance. Heureusement que la Smart existe.
Niveau événement par contre, il y en a beaucoup plus qu’on ne l’imagine, mais ce n’est pas toujours évident d’être au courant de tout.

5°) De ton avis, est-ce un mal que la Belgique n’ait pas de statut d’artiste à proprement parler, comme en France par exemple ?
Comment fais-tu pour rendre ton activité pérenne et sereine ? (comme éviter de crouler sous les papiers administratifs, légaux, fiscaux, être surtaxé en tant qu’indépendant, etc)
As-tu rencontré des difficultés de cette nature qui ont pu saboté certains de tes projets ?

Comme je le disais juste avant, oui, cela pose selon moi beaucoup de soucis. On est clairement à la traîne par rapport à la France (pour ne citer qu’eux). De même, j’ai galéré pour pouvoir déclarer le mécénat participatif de Tipeee alors qu’il ne s’agit que d’une formalité en France.
Alors heureusement, comme je le disais, qu’il y a la SmartBe qui m’évite d’avoir trop d’administratif à gérer (j’y passe moins de 2h par semaine en moyenne) concernant mon activité artistique, et qui m’évite aussi de devoir me mettre en tant qu’indépendante avec le peu de revenus que j’ai pour le moment.
Mais la Smart a du mal à gérer toutes les nuances du secteur artistique, et je les comprends, c’est compliqué surtout en l’absence de cadre juridique, ou de loi correcte, ou de statut etc.
Là où ça devient compliqué, c’est avec l’arrivée du nouveau gouvernement qui a fortement durcit les accès au chômage ou au CPAS, et cela complique, à mon sens, les efforts pour se lancer en tant qu’artiste. Un artiste à besoin de temps pour se lancer, même en tant qu’employé. Il a besoin de temps pour se former, pour faire son book, pour se mettre en avant, tout en continuant à créer à côté. Et justement, aux yeux du chômage et du CPAS, ce temps, on ne nous en laisse pas. Il faut aller très vite, tout de suite. L’art est vu comme un passe-temps, et non comme un métier.
De ce fait, je passe parfois plus de temps à courir régler tel souci administratif  hors activité(merci gouvernement) ou a chercher des rentrées d’argent annexes qu’à avancer sur ma BD (ou sur mes illustrations). C’est très frustrant. D’autant que je me dis que si TOUS mes contacts me versaient 1€ par mois sur Tipeee (ce qui est dérisoire sur un budget, même serré), je pourrais sortir de cet enfer de précarité et pourrait enfin travailler (parce que oui, un artiste travaille sans arrêt, il n’est juste pas payé pour…)

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Si seulement c’était aussi simple…

6°) En relation avec la question précédente, en tant qu’artiste, que souhaiterais-tu voir changer en Belgique dans le monde des artistes ? Si oui, faudrait-il voter une nouvelle loi par exemple ? Ou créer une structure particulière ?

Il faudrait déjà voir le métier d’artiste comme un METIER, et pas comme un hobby. Quand on entend un politicien dire que l’art n’est pas rentable, j’ai envie de lui rappeler aimablement qui a dessiné sa voiture, son siège en cuir, sa maison, la publicité qu’il voit en allant « travailler », les jeux vidéos sur lesquels jouent ses enfants, le film qu’il a été voir au cinéma la semaine dernière, etc etc etc.
Il y a donc un changement à faire du côté des MENTALITES.
Il faudrait aussi légiférer sur la définition de l’art, et donc de l’artiste, parce que de ce côté, ces définitions datent de 100ans, et depuis le temps, on a un poil évolué ^^

7°) Sachant que tu as démarré depuis peu ta « carrière », est-ce que le début te semble encourageant ? Comment est la réception du public ? Arrives-tu à te créer un petit réseau de contact ? Et financièrement arrives-tu à joindre les deux bouts ?

Alors financièrement, clairement pas pour le moment hein, comme je le disais, il n’y a aucune aide ni compréhension de la part des structures mises en place pour l’accompagnement à l’emploi. Mais à côté de ça, il y a un retour du public qui est motivant (c’est ma principale récompense comme je le dis). Créer un réseau de fans et de contacts prend du temps, mais c’est passionnant, et ça donne le boost qu’il faut pour continuer, même si on travaille sans salaire.

8°) Dans un si petit pays comme la Belgique, je suppose que beaucoup de gens se connaissent. Sans créer de dissension, est-ce que parfois il n’y a pas une forme de concurrence du coup ? Des artistes qui essayent de se battre pour garder leur public et peuvent parfois être en froid avec d’autre artistes ?

Il y en a, bien sur, comme partout, mais en grande majorité, chaque style est tellement personnel qu’on a plutôt tendance à s’entraider. Quelqu’un qui aime ce que je fais va aussi aimer ce qu’un autre fait, et il dépensera autant chez lui que chez moi. Il y a donc peu d’esprit de concurrence. Mais bon, y’en a toujours pour se tirer un peu dans les pattes. On ne peut pas s’entendre avec tout le monde ^^

pin up
Achetez des dessins chez Obsydienn et vous aurez peut-être même un bisou en prime.

9°) Concrètement, comment ça se passe quand tu dessines ? Je veux dire, quand une idée commence à germer et que tu t’apprête à faire ton oeuvre. Prends-tu une inspiration directement d’une autre oeuvre (quelle qu’elle soit), est-ce que tu te promènes ? Et ensuite comment se déroule la « création », combien de temps ça prends, etc ? Comment choisis-tu la technique à employer, si tu vas sur le crayon, la peinture, le digital, etc ?

Ouf, vaste question que voilà !
Déjà, je vais faire la différence entre la BD et l’illustration, ce sont, pour moi en tout cas, deux processus de création totalement différents.

Dans le domaine de la BD, la majorité de mes idées d’histoires sont venues… De mes rêves. J’ai rêvé de plein de petits bouts d’histoires, je les ai collés ensembles, et bam, ça fait des chocapics (ou presque). Le plus dur a été finalement de les agencer dans un certain ordre. Seule une partie de ma BD (le deuxième arc pour être précise) est plus compliqué à « sortir », la majorité des histoires provenant de parties de jeu de rôle.
Une fois donc que le scénario est fait, je commence à le placer en image, ou presque. Je fais en fait un découpage écrit, avec déjà des notions de plans, ça me permet d’ordonner mes pensées et ce qui me traverse l’esprit. Après, je délimite les pages, et je commence à former, au crayon sur du papier, un découpage dessiné qui retranscrit le découpage écrit mais aussi les expressions que j’aimerai donner à mes personnages dans le rendu final.
Enfin, je me munis d’une grande page A3, et je passe au « propre ». Avant je travaillait en numérique, mais il n’y a finalement rien qui me plaise plus que travailler les matières « en vrai ».

Dans le domaine de l’illustration, le processus est généralement plus simple. Je pars souvent sur l’idée de séries (ex : une série d’illustration sur les contes de fée, une série sur les couples mythologiques, etc). Cela permet de « cadrer » le contexte de mes illustrations. Le tout est ensuite de trouver la meilleure mise en page possible pour illustrer au mieux le sujet, en sachant que je ne vais certainement pas faire les choses simplement (et donc ne pas faire des contes de fée « enfantins », mais des personnages avec une part d’ombre visible, comme le chaperon rouge aux yeux de loup). Je vais donc faire un, deux, 10 croquis (autant qu’il le faudra) pour trouver la position du personnage central, comment il sera placé, quel décors, les sources de lumière, etc. Une fois satisfaite, je me documente si besoin, j’utilise une figurine de dessin si la pose me cause des difficultés etc.

Quand je travaille sur papier (ce qui est le cas pour quasiment tout actuellement), j’utilise des techniques mixtes (ou mixed media). C’est a dire que je vais mélanger plusieurs techniques sur une seule illustration (exemple : encre de chine + encre acrylique + crayon « fusain » blanc + peinture à l’huile). Et pour que mon papier supporte toutes ces couches, je fonctionne avec une table d’étirage que j’ai construit (cela permet au papier de ne pas bouger du tout pendant toute la durée de ma mise en couleur).
Il n’y a que pour la BD que je ne passe pas par la table d’étirage. A la place, je colle mon « propre » sur un support plus épais en me servant de medium acrylique comme colle.

10°) Dans la même veine que sur la question précédente, au niveau matériel, est-ce que la légende que les dessinateurs/peintres/graphistes dépensent des fortunes en matériel est réelle ? Est-ce si cher que ça comme passion ? Si oui, comment finances-tu tout cela ? Pareil, je suppose que tu dois avoir un bureau ou autre, peut-être un atelier ou un garage etc.

Alors oui, il ne faut pas rêver, le matériel artistique, ça coûte cher. Et ce, sans compter le matériel informatique quand on bosse sur d’autres supports que le papier (et si on fait de la 3D, on parle d’une machine à 1500€ minimum).
Pour donner des idées de prix : un petit carré d’aquarelle sèche coûte, selon les couleurs et les marques, entre 5 et 12€. Un flacon d’encre acrylique : entre 6 et 8€ selon les marques. Le papier : 15€ les 20 feuilles de papier aquarelle format A3. Les pinceaux vont de 2€ à 20€ pièce, etc etc.

Alors bon, évidement, en général, on achète pas tout d’un coup d’un seul hein. C’est une couleur par ci, un pinceau par là, on profite des offres (le bloc de 100 feuilles de papier aquarelle à 20€ par exemple), des réductions. Pour certaines choses, on va dans des magasins pas cher, voir des solderies (Action est une mine d’or pour des pinceaux d’assez bonne qualité), pour d’autres, on commande sur internet (les encres acryliques de la marque Liquitex sont géniales, mais introuvables dans ma région, si pas en Belgique). Alors comme ça, on se dit « bah, 8€ le flacon d’encre acrylique, ça va », sauf que quand on en achète 5 d’un coup, c’est 40€ dans les dents. La palette d’aquarelle, c’est une 50aines d’euros pour une palette riche en couleurs. Une grande boite de crayons de couleurs c’est entre 70 et 100€… La nouvelle gamme de PanPastels (des pastels sous forme de poudre compressée très pigmentée) c’est un budget de 400€ pour avoir toutes les couleurs, etc etc.

Et à côté, il y a le matériel annexe pour transporter le matériel, poser une toile (les toiles aussi d’ailleurs), une table lumineuse pour l’animation, le matériel informatique adéquat, la tablette graphique, le disque dur externe (voir les deux disques durs externes) pour sauvegarder, sauvegarder, sauvegarder, le matériel de découpage, les outils pour sculpter, etc etc etc… La vie d’artiste est chère, celle d’artiste pluridisciplinaire l’est encore plus hahaha

Alors ben j’économise pour les plus grosses dépenses, pour le reste, c’est un peu à la pièce, quand j’en ai besoin. Ca étale un peu plus les dépenses.

Côté bureau, j’en ai deux en fait : un petit pour le matériel informatique, et un grand qui peut être incliné si besoin. Tout vient de chez Ikéa, pareil pour mon tabouret de dessin (Que j’aime ce tabouret!!!). Mais pas encore d’atelier à proprement parler (j’en cherche un justement).

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portrait
Je vous laisse donc imaginer combien ont pu couter ce genre de dessins. En temps, en énergie, en matériel, en argent…

11°) Dans ma recherche de dessinateur pour mon projet personnel, j’ai pu voir que même si je m’attendais à ce que cela puisse être cher de faire une commande auprès d’un dessinateur professionnel, cela reste une somme que tout le monde ne peut pas toujours mettre. Comment, en ce qui te concerne car tu ne parles forcément pas pour tout le monde, décides-tu du prix que tu demandes pour une oeuvre ? Y a t’il un barème ? Genre tel type d’oeuvre coûte autant et une autre coute autant (en fonction des heures de travail évidemment). Je suis sur que tu as déjà du rencontrer des gens qui ont du te demander des dessins gratuitement, ou alors des gens qui ont du se plaindre de tes tarifs.
Comment expliques-tu le fait que, même moi qui m’était renseigné sur tout ça avant de faire mes démarches, j’ai pu être surpris de la somme que certains artistes me demandait. Est-ce un manque de connaissance du public, ou une simple volonté très humaine de tout vouloir gratos ? (Je précise que je respecte totalement le travail et la somme que demande un artiste pour un travail, ma question n’a pas vocation à polémique, juste soulever le voile sur un sujet particulier qui peut parfois séparer les dessinateurs et les public)

Encore un vaste sujet.

Je pense qu’il y a, dans l’inconscient collectif, l’idée que l’art est un hobby, que tu fais ça pour le plaisir quand tu as un peu de temps libre à la fin de ta journée de boulot. Donc, faire un dessin, ça devrait être gratuit. Et c’est sans doute le cas pour certaines personnes.

Mais en grande majorité, l’artiste est quelqu’un qui travaille temps plein, comme indépendant (ou à la Smart, ce qui revient au même). Il y a des artistes salariés bien sur, dans la pub, l’édition, le jeu vidéo, le cinéma etc.
Mais parlons donc de l’indépendant, du freelance pour utiliser les bons termes. Pourquoi est-ce si « cher ».
Comme j’aime à le dire, dans le prix d’une oeuvre d’art, il y a : les années d’études et d’apprentissage (et ne rêvons pas, un artiste se forme toute sa vie durant), le prix du matériel, le temps passé à  faire des recherches préalables et à discuter avec le client pour remettre un projet correct, le temps passé à réaliser l’oeuvre proprement dite, et enfin, un p’tit bout du coeur de l’artiste. Parce qu’il est important de le dire, se séparer d’une oeuvre, c’est toujours un peu déchirant. On vend, quelque part, une part de nous même.

Alors niveau calcul, comment ça se passe, du moins quand on est freelance. Y’a deux méthodes : soit on se paye la journée salaire minimal quand on est à la Smart pour pas être trop cher (mais je le déconseille), soit on compte nos heures de travail. Quand on est en plus conscient de sa rapidité d’exécution, ben on peut déterminer des « forfaits » (forfait pour un logo, une affiche, une illustration, etc).
Et histoire de ne pas être trop cher, mais pas non plus trop « gratuit », on se renseigne un peu sur les tarifs pratiqués par d’autres, histoire de se situer dans une moyenne.
Oui, c’est un peu lent et compliqué, mais ça facilite le calcul du prix d’un travail donné.

Donc, en moyenne, un artiste se fait payer entre 15 et 30€ de l’heure (selon ses années d’expériences) et se plafonne à environ 250€ la journée (comme un forfait). Je dis bien en moyenne, certains peuvent demander plus, et beaucoup de jeunes artistes demandent bien moins, ce qui pose en général problème : concurrence déloyale (mais comme le métier d’artiste n’est pas encadré par la loi beeeeeen voilà) et dévalorisation du métier (un dessin c’est gratuit ou pas cher, ce qui contribue à dévaluer la valeur d’une oeuvre).

Bon, évidemment, les choses peuvent varier en fonction du client et si l’oeuvre est destinée à la commercialisation ou non. Mais il me faudrait un manuel entier pour tout détailler.

Alors le paradoxe dans tout ça, c’est qu’on hésite pas à payer un garagiste ou un peintre en bâtiment 50€ de l’heure, sans trouver ça « trop cher ». Pourtant, quand on fait appel à un artiste, c’est bien parce que, comme pour le garagiste ou le peintre, il effectue pour nous une tâche qui n’est pas à notre portée, non ? Alors pourquoi le trouver « trop cher » ? Parce que le dessin parait plus « petit » qu’un mur peint ou que le remplacement d’une pièce de moteur ? Ou parce qu’il ne semble pas poser de geste technique compliqué quand on le voit faire ? Parce qu’il ne transpire pas ? Parce que les gens pensent qu’un artiste n’aura pas de souci de santé lié à sa profession (pourtant, on en a : problèmes de dos, tendinites etc) ?

En moyenne, une illustration ou une page de BD me demande entre 35 et 40h de travail. Donc, il est logique qu’en cas de commande, je demande à être payée pour ces heures de travail, comme un salarié demanderait à être payé de sa semaine de travail.

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Je suis un artiste. Cela ne veut pas dire que je vais travailler gratuitement. J’ai des factures à payer, comme vous. Merci pour votre compréhension.

12°) As-tu un planning ou un agenda ou ce genre de chose ? Comment organises-tu tes journées ? Est-ce purement selon tes envies ou alors est-ce l’opposé ?

J’ai un agenda qui m’aide à planifier mes délais lors de commandes et m’éviter de me surcharger. Et ça m’aide aussi à planifier des événements, des salons, etc. Niveau organisation de journée, j’essaie de me maintenir dans une optique de régularité. Donc je me lève « cool » (entre 8h et 10h grand max), je prends le temps de déjeuner et boire ma tasse de café (indispensable, la tasse de café), je gère l’administratif si il y en a, sinon je m’occupe de tout ce qui est communication (publications sur internet,Tipeee, page FB, instagram, deviantart, site web, mails etc). Je mange, puis je travaille jusqu’à ce que soit je m’arrête d’épuisement, soit j’ai fini ce sur quoi je travaillais. Je m’oblige toujours à manger avant de travailler, parce qu’une fois lancée, je peux bosser 10-12h d’affilée sans boire ni manger… Je ne vois simplement pas le temps passer.
Connaissant mon biorythme, je sais que je suis toujours plus productive l’après midi.

13°) Je pense que cela va être une tradition dans mes interviews quand je sais que la personne que j’interviewe connaît +- le milieu, mais tu m’as confié être du monde de la neurodiversité (HP, TDAH, autisme, etc). Comment cela s’est passé pour toi, et comment le vis-tu ? Penses-tu que c’est un atout, une difficulté, autre ? Et comment cela se combine-t’il avec le monde de l’art (que ce soit pour créer, pour percer, promouvoir son travail, etc) ?

Comment je le vis… Pas toujours très bien, ça complique parfois mes rapports avec les autres. Je me protège souvent derrière une façade froide, surtout quand je ne connais pas. Ou alors je deviens un moulin à parole. Une fois détendue et relativement en confiance, ça va mieux.
Face à un client (du moins quand je le rencontre et qu’il ne s’agit pas d’un ami), j’ai tendance à « jouer un rôle » (merci théâtre, merci jeu de rôle), ce qui me permet d’avoir l’air détendue et sure de moi (ce que je ne suis pas en fait hahaha). Donc de ce côté, je LOVE internet qui m’évite souvent la « confrontation ».
Comment ça s’est passé, bêtement via un test de QI en milieu scolaire en secondaire que j’ai pris comme un jeu et qui s’est révélé au dessus de la moyenne (je ne donnerai pas de chiffre). Pareil avec un test de Rorschach. J’ai du alors gérer le « poids des attentes familiales » : « tu es plus intelligente que les autres, donc tu dois réussir ». Sauf qu’en fait, quand la matière ne m’intéresse pas, ben j’écoute pas, je ne retiens rien, et je n’ai pas envie de faire d’efforts. C’était le reproche perpétuel de mes profs : si tu étudiais plus tu ferais des étincelles. Bah oui mais j’avais pas envie.
Bien plus tard, j’ai découvert le « syndrôme HP » (je vais le dire comme ça). Et le fait est que j’avais l’impression, en lisant sur le sujet, de voir toute l’histoire de ma vie. Pour autant, je n’ai pas envie de me faire diagnostiquer, j’ai peur que cela soit un poids supplémentaire. Et j’évite d’en parler aussi, parce que j’ai l’impression que maintenant, n’importe qui se dit HP uniquement pour se vanter. « Je suis HP donc je suis plus intelligent que la moyenne ».
Bah moi j’ai pas envie de m’en vanter, et j’ai même tendance à le cacher en « jouant » les idiotes d’une certaine manière.
Je ne peux pas dire que ça me pourrisse la vie, mais c’est parfois pénible à gérer, surtout la suractivité mentale (j’utilise des méthodes d’hypnose douce pour parvenir à dormir en ce moment par exemple, sinon mon cerveau carbure jusque 4h du mat’ non stop, parfois même c’est nuit blanche), la compartimentation d’informations (donne moi le nom d’un acteur que j’aime et je suis capable de te parler de lui et de sa carrière sans souci. Mais demande moi le nom du même acteur dans une conversation quelconque, et je bloque complètement, parce que je dois remonter la chaine d’informations à son sujet pour seulement retrouver son nom) et l’hypersensibilité. Bon, ce dernier point est relativement bien géré, j’arrive déjà à lâcher prise sur beaucoup de choses que je sais ne pas pouvoir changer, et donc je ne m’énerve plus si quelqu’un dit du mal de moi ou qu’une amitié s’achève. Par contre, j’ai plus de mal à gérer mes réactions quand on blesse quelqu’un que j’aime, surtout si c’est la famille et les amis proches. Et quand il s’agit d’injustice vis à vis de moi ou de mes proches, je pars au quart de tour.

Bon, je vais pas m’étaler des heures sur le sujet, mais d’un point de vue créativité, j’ai l’impression que c’est plutôt un avantage, que la suractivité mentale me permet d’aboutir plus vite dans le cadre de la Bande-dessinée.
Par contre, je suis TRES impatiente, quand je veux avancer sur un projet, ça ne va jamais assez vite.

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Un petit dernier pour la route.

14°) Tu dois savoir que je suis un fervent défenseur et passionné des « mondes imaginaires » (jeux-vidéos, comics, mangas, etc). Toi aussi il me semble. Qu’est-ce que tout cela t’évoque ? Est-ce que cela joue un rôle important dans ta vie ?

Bien sur, je pense que c’est justement cette abondance de mondes imaginaires qui a développé ma propre imagination et ma créativité ! Et plus un monde est « bien construit », plus il va me passionner et m’entraîner jusqu’à perdre toute notion du temps.
A côté de ça, c’est aussi un défi, car je me demande sans cesse, en construisant le scénario de ma Bande-dessinée « est ce que ce sera suffisant pour passionner les gens ? ».
Alors forcément, tous ces mondes imaginaires qui m’ont bercé depuis que je suis en age de regarder une image, ça a nourri ma passion pour les histoires et les belles images. Sans tout cela, je ne pense pas que je serais devenue dessinatrice de Bande-dessinée, ou illustratrice.

15°) As-tu eu des coups de foudre récemment que tu conseillerais ? Ou des artistes que tu voudrais pouvoir recommander ? Une petite liste quelconque ?

Oh que oui ! J’ai beaucoup d’artistes que j’admire et qui m’inspirent !
Dans un style très sombre, il y a les illustrations de Joe Fenton, qui sont hallucinantes de détails. Il a une gestion du symbolisme et de l’image qui est vraiment incroyable. Je ne me lasse pas de regarder ses travaux ou ses vidéos.
Dans un style d’illustration qui allie le « beau » au « macabre », il y a bien sur Chiara Bautista. Je trouve sa démarche d’inspiration très intéressante, le fait d’avoir une muse est quelque chose qui est tombé en désuétude, mais il faut reconnaître que cela lui a parfaitement réussi.
Dans un style très différent, il y a Wylie Beckert, une illustratrice qui travaille en « mixed media », et qui a fortement inspiré ma méthode de travail actuelle. Ma table d’étirage vient d’un de ses tutos. Elle allie aussi, à sa manière, le beau, le doux et le sombre (parce qu’on ne peut pas dire que son deck de carte fini soit « joyeux »).

Et enfin, pour les amoureux de l’art nouveau, je recommande les magnifiques dessins d’Helen Mask.
Ce sont mes coups de coeur « illustration » du moment.

Niveau BD, forcément, Ledroit reste mon chouchou, mais j’aime aussi beaucoup le style très doux d’Alice Picard (qui est en plus une personne vraiment super sympa, que j’aime toujours autant rencontrer). J’aime aussi énormément la série blacksad pour son dessin et pour son scénario (pour une fois que je craque sur un scénario qui n’a rien de fantastique). Il y a aussi le dessinateur Alice (Le 3ème testament ou Valkyrie) que j’aime beaucoup pour son trait.

Et le must du must du must, c’est la série Berserk de Kentaro Miura. Autant niveau dessin (surtout dans les derniers volumes) et niveau scénario, il n’y a rien à redire, c’est juste énorme du début à la fin ! Un monument en soit.

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J’approuve. Qu’est-ce que vous attendez pour regarder Berserk ?

16°) Merci à toi d’avoir bien voulu répondre à mes questions, j’espère que tu as apprécié d’y répondre autant que j’ai aimé les rédiger. Si tu as un petit mot de fin, n’hésite pas.

Je terminerai par un peu de pub : Visitez les Cantos d’Altarion, ils ont plus que jamais besoin d’aide pour commencer à voir le jour !

Merci de m’avoir lue et merci à toi de m’avoir offert cette interview ! La première pour moi par écrit !

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Un petit extrait du projet « Les Cantos D’altarion ».

*****

Comme à chaque fois lors de mes interviews, cette musique a été choisie par par la personne interviewée.

La page FB de mon blog => https://www.facebook.com/histoiresdunmec/

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Une réflexion au sujet de « Une parcelle d’Obsydienn »

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