Une page du journal de Solomon Grundy

Solomon Grundy,
Né un lundi,
Baptisé un mardi,
Marié un mercredi,
Malade un jeudi,
A l’agonie un vendredi,
Mort un samedi,
Enterré un dimanche.
Ainsi finit la vie,
De Solomon Grundy.

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Solomon Grundy. Au départ une comptine Britanique du 19e siècle pour effrayer les enfants qui n’étaient pas sage, aujourd’hui légende urbaine, personnifié notamment par un méchant dans le comics Batman.

L’autisme est quelque chose de complexe, de parfois lourd, parfois invisible, il peut même parfois être un atout dans certains cas. Ce dernier point est d’ailleurs largement relayé dans les médias, et fait malheureusement du tord à « la cause » … les clichés ont la vie dure. Je vous conseille l’excellent film « The Accountant » (clicker sur le lien pour voir le trailer) qui parle d’autisme de manière différente, et c’est en partie ce film qui a inspiré cet article. Ceux qui l’ont vu comprendront. Si vous ne l’avez pas vu je vous encourager à le voir. Vraiment.

Je voulais faire un article qui parle de quelque chose que le commun des mortels ne se rend pas compte, ou pas assez. Quelque chose auquel je fais face quotidiennement. Quelque chose qui est très peu conté. Je parle de la violence des crises d’angoisses et de paniques qui peuvent prendre une personne (autiste ou non) et dans mon cas, accentué par un trouble de l’humeur, une synesthésie du toucher, une hypersensibilité (émotive mais aussi sensorielle) et un trouble anxieux. Tel une spirale infernale, ou un serpent qui se mord la queue, chaque difficulté se nourrit l’une de l’autre, et augmente exponentiellement.

Cet article ne se veut pas un guide sur les crises d’angoisses, il n’offre pas de solution, ce n’est qu’un témoignage, et une expérience littéraire (aussi appelé écriture automatique) dans laquelle je vais raconter ce que je vis, ce que je ressens, ce que j’imagine dans des moments d’une intensité à faire questionner ma propre santé mentale.
Il n’est pas forcément fait pour les âmes sensibles, mais peut-être pourra-t’il faire résonner en d’autres personnes des moments difficiles similaires, et faire évoluer les consciences sur l’horreur silencieuse que, je suis malheureusement sur, de nombreuses personnes peuvent vivre, sans oser en parler, ni raconter à quel point c’est horrible. Ce que vous allez lire est basé sur des faits réels, et n’est pas exagéré ni fantasmé. Je vous souhaite tout de même une bonne lecture.

*****

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Hello friend …

Je sens mon corps vibrer, là où je le désirais immobile et calme, ma poitrine m’envoie des signaux inexistants, je sens mon coeur bondir, je suis terrifié. Je reçois des signaux dans mon cerveau, je vois cette chaire battre, je la vois s’accélérer jusqu’à l’explosion.
Je m’agite, je me sens mal à l’aise, je perçois mon être ne pas désirer être là.

Je me lève, je veux évacuer cette angoisse, je marche. Je ne m’aime pas. Je souffle, je me répète la phrase « safe place safe place safe place safe place safe place » jusqu’à ne plus avoir de salive. Je repense à ce que mon thérapeute m’a dit, de me souvenir de choses agréables, de m’en imprégner jusqu’à l’auto-hypnose. Je n’y arrive pas. Je claque des doigts, et de mon autre main je me croque l’annulaire avec le pouce. Personne ne m’aime. Je n’ai pas de bras et de corps dans lequel me plonger. Personne n’est là. Je n’ai personne. Aucun être humain ne veut de moi. Aucun être humain ne souhaite ma présence. Je ne suis rien. Je ne vaux rien.

Je vais dans la salle de bain, je vais me laver dans mon étroite douche italienne, et me rouler en boule par terre dans le coin. Je me sens un peu plus en sécurité, même si alors que l’eau coule et ne chauffe pas assez vite, je sens déjà mon corps être pris de spasme, ma jambe remue sans mon consentement, et je n’ai qu’une envie c’est de fracasser mon crane contre le carrelage qui sert de mur pour faire partir pour de bon cette terreur intérieur qui ressurgit à chaque fois sans prévenir, me paralysant, me transformant en l’ombre de moi-même, vide de courage, vide d’amour propre, vide de tout intérêt, au bord de la folie.

Je sens l’intérieur de mon crane grater, mon cerveau est en ébullition … j’ai envie de hurler.

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Quand on veut que tout s’arrête …

Mon corps tremble, je ne suis même plus capable de penser correctement, ma main tâtonne dans le noir pour trouver un shampoing, ayant l’illusion que je vais tomber au sol je suis pris d’une convulsion, et je me redresse, mes yeux clignotent … j’avais oublier que je voyais aussi bien dans le noir que de jour, et je ne supporte pas la lumière … je vois parfaitement l’objet que je veux attraper … Et alors que tout est calme, mais que ma tête est aussi animé qu’une fête foraine, je suis paniqué. Je dois réciter la comptine de Solomon Grundy en boucle pour, peut-être dans un effet placebo, me calmer, me détendre, et ne pas me dire que je vais mourir sur place, que ce soit d’une rupture d’anévrisme, ou une crise cardiaque.

Comme cette fois où dans la rue, pris par surprise par une violente crise de panique, je courrais et sautais, à deux doigt d’interpeller un de ces inconnus qui me regardaient bizarrement dans la rue, car la pointe que je sentais dans ma poitrine me terrifiait, et j’étais convaincu que j’allais tomber, raide mort, sur le sol.
Je ne l’ais pas fais … après tout qu’allais-je bien pouvoir leur dire ?
« Bonjour je suis autiste asperger et je fais une crise de panique, pouvez-vous m’aider ? »

C’est ridicule …
Donc j’ai couru … et en sueur chez moi, c’est une camarade autiste (que j’ai appelé au secours sur internet) qui m’a téléphoner et parlé pendant 35 minutes pour me calmer, et me dire que tout allait bien.

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Créons-nous nos démons … ou serait-ce l’inverse ?

Au final … après près d’une heure de paranoia et avoir eu l’impression d’être un astronaute dérivant dans l’espace à moitié en état de totale hallucination, regagnant vaguement le controle de mon corps et de mon esprit mais encore terrifié, je sors de la douche encore trempé, mal séché, et je décide d’essayer d’être constructif, et de parler de ces moments horribles qui m’arrivent entre 1 et 3 fois par jours dans un article de blog, pour peut-être aider d’autres personnes, ou au moins alimenter le débat sur ces choses de, ce que j’ai compris, personne ne sait comment s’en débarrasser …

Qu’elles soient alimentée par un mauvais moment dans la journée, la remarque d’un inconnu, une discussion qui se passe pas terrible avec quelqu’un qu’on aime, que ce soit une nouvelle qui nous fait de la peine, que ce soit parce qu’on a passé (comme souvent) une mauvaise nuit, avec ou sans cauchemars horrible, que ce soit un bruit qui nous rend fou, que ce soit la foule qui nous oppresse, que ce soit la synesthésie qui vous submerge, que ce soit un rendez-vous qui nous angoisse, que ce soit un trop plein de joie ou d’excitation, que ce soit simplement venu de nulle part … moi tout ce que je suis capable de faire, entre l’incapacité à pleurer, et la maigre résistante à l’envie de tout casser autour de moi … c’est répéter de en boucle …

Solomon Grundy,
Né un lundi,
Baptisé un mardi,
Marié un mercredi,
Malade un jeudi,
A l’agonie un vendredi,
Mort un samedi,
Enterré un dimanche.
Ainsi finit la vie,
De Solomon Grundy.

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