De la biologie des émotions

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Mon moi intérieur quand ça va vraiment pas. Comme ces derniers jours.

Lorsque je m’adresse à quelqu’un de manière impersonnelle, comme ici avec de potentiels lecteurs (inconnus), j’ai beaucoup de mal à m’exprimer comme il se doit. Je me cache derrière un discours intellectuel, ou de la description et de la narration.
Raconter mon vécu, les faits, n’est pas réellement un problème, dire ce que je pense de tel ou telle chose non plus (certains pourraient me reprocher un manque de pudeur d’ailleurs) … mais dire ce que je ressens, c’est moins évident.

Car la vérité est que si je m’exprime tel que je ressens les choses, ce serait incroyablement dépressif, empli de colère, de violence, de douleur, et énormément de superlatifs. J’ai tendance à exagérer les choses … simplement car je les vis avec une intensité phénoménale. Qui plus est, dans l’article d’introduction, j’ai parlé de l’importance de l’anonymat, et de mon désir de ne pas m’épancher en dramaturge. J’ai déjà suffisamment donné avec les trolls, ou autres personnes malveillantes qui viendraient me narguer ou me blesser gratuitement. Je me sens d’ailleurs, en ce moment, extrêmement vulnérable. Je n’aime pas ça. Mais malgré tout, je souhaiterais parler un peu de moi par ci par là sur ce blog, offrir un peu, peut-être, plus de mon vécu et mon ressenti, et pas uniquement étaler ma science foireuse sur tout et rien.

J’ai appris avec le temps que je suis quelqu’un qui apprend les choses grâce aux histoires, voir les évènements, entendre des personnages parler de leur ressenti, me permet de comprendre des choses sur moi et le monde qui m’entoure. C’est peut-être pour ça que je me souviens encore aujourd’hui de l’histoire des « sabines » en cours de latin. C’est l’une des rares choses dont je me souviens de ce cours d’ailleurs … dire que quand j’ai pris ce cours je m’attendais à un peu plus de mythologie, de César et de Gaulois et vachement moins de grammaire et autres conneries. Nul. Remboursé !

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Ce qu’on m’a vendu …
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Ce que j’ai eu …

Donc, ces histoires qui m’habitent et me fascinent, quelques-unes d’entre elles m’ont
particulièrement marqué. Par ordre chronologique, il y eu d’abord Dragon Ball, c’est simplement toute ma jeunesse, puis il y a eu Sin City, ensuite il y a eu le jeu Deus Ex : Human Revolution (dont j’ai mis le trailer absolument sublime en fin d’article sur les mondes imaginaires), et puis il y a eu Berserk, que j’ai découvert très (trop) tard.

Pour parler sans aucune objectivité, Berserk c’est le meilleur manga du monde, pour parler avec grande objectivité, Berserk c’est le meilleur manga du monde. Je m’en inspire d’ailleurs beaucoup trop à mon goût pour mon livre … en même temps c’est tellement parfait.

Avec un peu de recul cependant, je remarque que ces quatre histoires que j’aime tellement, ainsi que plein d’autres que je n’ai pas le temps de noter, sont sombres, compliquées, guerrières. Ce n’est simplement que le reflet de ma vie, et de qui je suis.

Mon parcours n’a été fait que d’embuches, d’horreur, de tragédie, de tourments, et putain de bordel de merde j’en ai chié. S’il est force de constater que cela va bien mieux que jadis, ce n’est toujours pas la joie … Si j’ai un toit, si j’ai encore mon meilleur ami, si j’ai de quoi vivre décemment et ne pas trop avoir à me soucier de l’argent, si je ne suis plus dans une tourmente émotive et relationnelle, je me sens malgré tout fort seul. Et je l’affirme, la pire peine qu’il puisse être infligée à un être humain, est la solitude, le déni. La solitude, à son paroxysme, est un déni d’existence.

Comme celle que j’ai vécue après l’incendie de mon domicile où j’étais tellement seul que j’ai perdu la notion du temps et de l’espace durant cette période, mes souvenirs en sont brouillés. Je n’ai vu aucun être humain (ni ne suis entré en communication avec aucun) pendant plusieurs semaines/mois, à part mon reflet dans le miroir, et des connards qui jetaient des oeufs à ma fenêtre.

Et le pire dans cette histoire ? c’est qu’il existe des solitudes encore pire que la mienne, des histoires tragiques bien réelles et non imaginées, je suis au final, pas vraiment à plaindre. La solitude, croyez-moi, cela brise n’importe quel homme.

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Pour moi une parfaite représentation des affres de la solitude (que vous reconnaissiez cette scène ou non)

Je vis les choses de manière forte, je ne connais que ça, que ce soit en bien ou en mal, si quelqu’un me fait plaisir je lui baiserais les pieds et je ferais un autel à sa gloire, si je ne me sens pas bien je suis déprimé déprimant et je peux avoir tendance à tout casser chez moi … Alors du coup j’intériorise, très peu transparait jusqu’à ce que j’ouvre la bouche, alors qu’avant que j’ai le diagnostic d’asperger et que je me renseigne sur le sujet, je pensais que j’étais expressif comme n’importe qui. La réalité est que non.

C’est la même chose pour quand je parle d’un sujet ciblé, ou quand je parle de moi, j’ai beaucoup de difficulté à raconter ce que je ressens, quels émotions m’habitent, et du coup, malgré qu’à l’intérieur c’est le chaos absolu, peu en ressort dans mon discours.

Un jour, j’ai trouvé une comparaison pertinente.

Mon for intérieur ressemble à un petit bateau en bois, une barque, un radeau, ou quelque chose de ce genre, au milieu d’un océan sans aucune terre à l’horizon, et 90% du temps, je suis pris dans une gigantesque tempête. J’ai tout le mal du monde à identifier quelles sont mes émotions tant elles sont fortes, et m’envahissent, et je les combats à chaque instant
pour ne pas laisser sortir le pire en moi, car je suis terrorisé de perdre le peu
de contrôle que j’ai.

Rien qu’en ce moment, à écrire ces lignes, je suis en pleine crise d’angoisse … (true story).
Dans mon livre, qui est une relative (j’ai dit RELATIVE) métaphore de mon histoire personnelle, je parle d’une version alternative de mon petit monde intérieur. Elle est différente … mais tout aussi exacte. C’est une image mentale que je traine depuis longtemps, et bien qu’elle ne soit pas tout à fait ce dont je parle de mon livre, je peux quand même vous montrer à quoi cela ressemble.

 

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Bienvenue dans ma tête.

C’est un équilibre constant à maintenir et gérer pour, en toute honnêteté, ne pas perdre les pédales, ou faire toute autre connerie assimilée à un pétage de plomb magistral. J’ai appris à, petit à petit, aimer mon chaos intérieur. Il fait partie de moi.

J’ai ainsi, alors que plus jeune je détestais cela, développé une affection particulière pour la foudre, les orages, les tempêtes et la pluie. J’en écoute parfois (des enregistrements de 10h sur YouTube, comme ceci, j’ai d’ailleurs écouté certains jusqu’au bout) cela me détend … m’apaise … me calme.

Dès qu’il y a un orage dehors, ou qu’il pleut, je prends le temps d’ouvrir la fenêtre et d’admirer ce spectacle, et si je suis déjà dehors, alors là c’est un peu comme si c’était mon anniversaire (le genre où tu reçois plein de cadeaux, celui-là que je n’ai plus eu depuis tellement longtemps que j’aioublié quand c’était la dernière fois). J’ouvre les bras, je souris, je lève la tête au ciel, et je me laisse bercer … c’est à chaque fois incroyablement agréable.

Au final, je me rends compte que les émotions et les sentiments sont chez moi tellement forts, tellement intenses, que cela prend une part physique. Rien de neuf sous le soleil vous me direz, plein d’études en parlent et le démontrent … mais j’insiste … je VIS et RESSENS mes émotions physiquement. Une émotion positive est comme un énorme câlin, et une émotion négative est comme le pire passage à tabac.

Je me considère comme un agent du bien, et je souhaiterais répandre la joieet le bonheur tout autour de moi … mais c’est difficile quand on souffre trop, d’avoir la clarté d’esprit nécessaire pour conscientiser le bien et le mal. Seul compte le soulagement, et se débarrasser au plus vite de ce qui nous est trop dur à supporter.

Je terminerais cet article avec une citation d’une grande justesse, que j’ai découvert en regardant le clip de la chanson « Roots Bloody Roots » de Sepultura, il y a de cela quelques années déjà.

As a rule I don’t like suffering to no purpose. Suffering should be creative, should give birth to something good and lovely.

***

C’est une règle chez moi, je n’aime pas la souffrance sans raison d’être. La souffrance devrait être créative, elle devrait donner naissance à quelque chose de beau et bon.

Chinua Achebe

C’est la raison d’être de ce blog, de mon livre, et de tous mes écrits en règle générale, me permettre de créer quelque chose à partir de toutes ces choses qui m’accablent et sont parfois trop difficiles à vivre pour moi, tout seul, dans mon coin isolé du reste du monde.

Si je peux toucher des gens, leur apporter quelque chose, être utile, alors tout ce que j’ai traversé n’aura pas été en vain. Je voudrais vous raconter une histoire … C’est l’histoire d’un mec …

***

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