Les sons de l’âme

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Suffocation, groupe US de Brutal Death Metal, en concert.

La musique fait partie intégrante de mon quotidien. Je ne peux pas sortir sans mon casque et mon mp3, ce serait un sacrilège, et chez moi il y a toujours une place pour un album, enivrant la pièce de sa sonorité. Je ne me lave même pas sans musique …
Un de mes moments préférés dans la vie est de m’asseoir sur mon canapé, mettre un peu de musique, ouvrir quelques bières, allumer un cigare, et discuter avec quelqu’un que j’aime (parfois même autour d’une partie de Magic).
C’est à chaque fois unique et parfait.

Si au cours de ma vie j’ai pu écouter toute sorte de styles, que ce soit le hip-hop, la variété française, la musique classique, le rock, le jazz, le blues, le reggae, la pop, l’électro et autres techno … aucun style de musique ne m’a autant parlé que le Metal (et en particulier le Metal extrême). Je n’oublierais jamais, vers mes 16 ans, mes premières écoutes de Marilyn Manson, KoRn, AC/DC, Slipknot, Anorexia Nervosa ou Iron Maiden. Avant ça un cousin m’avait offert Americana de Offsprings pour mes 12 ans, et à l’époque j’avais déjà adoré (bon ok c’est du punk-rock mais bon, hein !).

Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire sur cette musique, mais très succinctement pour les non-initiés, ce style a marqué ses débuts fin des années 60 avec le groupe légendaire Black Sabbath, ainsi que d’autres pointures comme AC/DC, Judas Priest, Alice Cooper, Twisted Sister, Deep Purple, Led Zeppelin, The Who, Kiss, Accept, Motörhead, Van Halen et bien d’autres. Il a évolué, prospéré, et aujourd’hui il existe des centaines de milliers (si pas millions) de groupes de metal tous bien différents les uns des autres, sans compter tous les sous-genres ou dérivés.

Ce style musical est unique en son genre, d’une richesse jamais vue à ce jour, vous y trouverez tout, et son contraire, ainsi que son opposé. Mais je ne suis pas là pour vous présenter cette musique … d’ailleurs pour un peu plus d’informations, voir le génial documentaire « A Headbanger’s Journey » (traduction française Metal : voyage au coeur de la bête) qui l’explique bien mieux que je ne pourrais jamais faire. D’ailleurs je pense que ce documentaire vaut peut-être au moins 1000 articles comme celui que vous êtes en train de lire, pour être honnête. Sam Dun a fait un travail remarquable (et il en a fait d’autres par la suite, tout aussi géniaux);

 

Non, ce que j’aimerais est de parler en quoi cette musique me parle à moi, ce qu’elle me fait ressentir.

J’ai souvent été critiqué pour mes goûts musicaux et la façon dont je m’habille qui est inspirée de cette musique. J’ai été moqué, insulté, humilié, et agressé physiquement également (de la même manière que j’ai subi ce genre de choses dans la cour de récréation quand j’étais petit parce que je disais aimer Power Rangers et Dragon Ball Z quand j’y repense), même les professeurs ou les éducateurs dans l’école m’ont incité à « laisser tomber » tout ça, me disant que ce n’était qu’une phase (AH AH AH AH !) … mais malgré ça, cela ne m’a jamais empêché d’aimer cette musique, et l’aimer peut-être d’avantage aujourd’hui. Elle a toujours été là pour moi, et l’est encore.

Marilyn Manson a dit, lorsque interviewé à propos du massacre de Columbine (alors qu’il était incriminé par des associations de parents et autres groupes religieux parce que les jeunes qui ont commis cette tuerie écoutaient sa musique) dans le documentaire « Bowling For Columbine » de Michael Moore, je cite ;

 

  • « Quand j’étais jeune, la musique était mon seul échappatoire. C’était la seule chose qui ne me jugeait pas. Tu mets le disque, et cela ne t’engueule pas sur la façon dont tu t’habilles. Cela va justement te faire sentir mieux à propos de ça. »
  • « Je vois parfaitement pourquoi ils m’accusent. Parce que c’est facile de montrer mon visage à la télé, car en fin de compte, je suis un icône de peur. Parce que je représente ce dont tout le monde a peur, parce que je dis et fais ce que je veux. »

Plus jeune on m’a demandé ce que cette musique signifiait pour moi, j’ai répondu que lorsqu’on souffre, qu’on est blessé, qu’on est triste ou en colère, l’un des premiers réflexes que nous avons est de vouloir crier, de s’exprimer de manière forte, puissante. C’est ce que m’évoque cette musique. Une expression pure, brute, sans aucune concession, aucune limite, aucune considération pour la censure et les codes, et encore moins le politiquement correct.

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Vous voyez ce que je veux dire ?

Et du coup moi ça me parle … Je trouve ça profondément bon et bien qu’il soit possible de s’exprimer ainsi, surtout quand il y a des choses à dire derrière, des choses réelles, des choses vraies, des choses sincères. Il ne s’agit pas de provoquer, ou de s’amuser à jouer l’emmerdeur de service, c’est une culture revendiquée (voir une contre-culture, mais je la vois personnellement comme une culture à part entière), ce sont des traditions, et de l’art, tellement d’art …

Les musicologues pensent que si Beethoven, Bach, Mozart, Chopin, Wagner, Tchaïkovski ou autre Vivaldi étaient encore vivants de nos jours, ils auraient fait partie de cette mouvance musicale, ou au moins auraient apprécié (deux musicologues expliquent cela dans le documentaire évoqué plus haut).

Ces compositeurs, aujourd’hui éternellement reconnus pour leur virtuosité, leur talent, leur vision, ne sont en rien différents à ce que j’aperçois chez mes groupes favoris de black ou de death metal. Rien. Seule l’époque est différente, et donc les moeurs.

Moi, quand j’écoute Mgla (groupe polonais de black metal) alors que j’écris cet article, je me sens transporté, je ressens des choses dans tout mon corps, jusqu’à avoir la larme à l’oeil, sans même vraiment savoir pourquoi en fin de compte. C’est comme ça, ces sons, cette ambiance, cette voix (rhooo les chants de metal extrême … orgasmique) m’interpellent, me font réagir. Je sens mon corps vibrer, j’imagine des noirs ténèbres tourbillonnantes autour de moi, dansant tels des spectres de soie, je vois une gigantesque forteresse de glace millénaire se tenant face à moi, je revis des instants marquants de ma vie en quelques secondes, j’aperçois le vol d’un oiseau au ralenti, s’élevant vers d’autres cieux, libre, je sens cette voix violente et agressive faire écho au plus profond de ma gorge nouée, hurler des mots que j’ai trop longtemps gardé en moi, prisonniers, laissés à pourrir et prendre racine en mon être car je n’ai jamais pu les sortir … et tellement d’autres choses.

Chacun a ses goûts, chacun a ses préférences, chacun sera touché par quelque chose, et son voisin non. Ce qui est du poison pour moi est un remède pour mon prochain, et inversement. L’art n’est par essence pas objectif (même si je maintiens que Justin Bieber est une sombre merde et que vous devriez avoir honte d’aimer ce qu’il fait), ce qui compte est ce que cela nous fait ressentir, et vu que nous sommes tous différents … la messe est dite.

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Wilson Fisk (personnage de la série « Daredevil ») admirant la peinture « Rabbit In A Snowstorm » (Lapin dans une tempête de neige).

Ce que je déplore est qu’encore aujourd’hui, même si je veux bien admettre qu’en la matière je fais « cliché », la musique metal, si chère à mon coeur, est vue comme une bande d’idiots décérébrés hurlant dans des micros, et tuant leur instrument à vomir un bruit insondable inaudible. Je ne saurais vous dire à quel point vous vous trompez. Que vous n’appréciez pas, soit, que vous pensiez que c’est de la merde, allons bon, c’est de bonne guerre, mais ne venez pas raconter n’importe quoi sur quelque chose vous que vous ne connaissez pas, voire, n’avez jamais pris la peine d’écouter dignement.

Le metal extrême est pour moi un monument de beauté, une tornade de sens à vif, exulté par une violence musicale qui sublime l’oeuvre, le tout mené avec brio d’une voix décharnée qui me touche au plus profond de mon être, l’élevant dans des sphères émotives d’une rare intensité.

Cette musique est un « acquired taste » dont seules les oreilles les plus fines pourront apprécier la subtilité. Je ne saurais que vous encourager à y jeter une oreille. Au mieux, comme moi vous découvrirez quelque chose que vous aimerez toute votre vie, au pire, vous aurez découvert quelque chose.

 

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